AFFRONTEMENT INTERETHNIQUE : Imposer la paix !


Le conflit intercommunautaire Peulh-Dogon ne faiblit pas dans le cercle Koro. Depuis quelques semaines, c’est des morts de part et d’autre. Mais ce qui inquiète le plus, c’est un renfort qui serait venu d’ailleurs pour appuyer une partie. Aujourd’hui, tout est ruine et deuil à Sabèrè dans la Commune de Bondo (cercle de Koro).

Ce dimanche a été infernal entre deux communautés qui ont toujours vécu ensemble. Malgré les promesses faites par les associations peulh Tabital Pulaaku et de Ginna Dogon de s’investir pour le retour de la paix dans le Seno et le Macina, les affrontements n’ont pas faibli. Déjà, au moins 25 personnes ont péri dans les affrontements survenus entre communautés peulh et dogon à Koro dans le Centre du Mali. Ces incidents se sont produits entre le 9 et le 11 mars dernier. Ce nouveau bilan émane des responsables des principales associations peulh et dogon. Mais il ne serait pas exhaustif. Dans la nuit de ce dimanche 18 mars, des peulhs venus en renfort ont tout brûlé dans le village de Sabèrè : concessions, greniers etc. C’était tout simplement apocalyptique. Puis un affrontement s’engea toute la nuit entre les deux communautés. Il y a eu plusieurs morts de part et d’autre.
Les autorités alertées, l’armée ne viendra s’interposer que le lendemain vers 10 h à Sabèrè. Pour l’instant on ignore le nombre de mort. Sur Studio Tamani l’Association Guina Dogon a affirmé se mobiliser pour apaiser les tensions à Koro. Elle demande au gouvernement la mise en place d’une force d’interposition.
En attendant, l’Association Guina Dogon prévoit de multiplier les actions de sensibilisation dans les prochains jours afin de retrouver le calme et l’apaisement à Koro. De même des associations peulh estiment que le gouvernement doit s’impliquer pour amener la paix et le vivre ensemble entre les communautés. De ces points de vue, les élus du cercle de Koro et de Bankass ont rencontré le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga pour faire part de leur préoccupations et de s’engager pour un apaisement de la situation. Pourquoi un développement brusque du communautarisme dans notre pays ?
Les raisons sont vastes et complexes. Sans être un sociologue, il est loisible de constater une montée en puissance des associations à caractère racial ou ethnique. Au départ, ces associations sont organisées pour la promotion de la culturelle ou la défense des intérêts économiques ou moraux face à la déperdition de valeurs culturelles et sociétales. C’est une aptitude puissante qui tend à la fragmentation, à la dislocation du tissu social et qui peut aboutir à la confrontation…
Ce qui est important dans un groupe, c’est sa cohésion. L’unité fait sa force. Or, aujourd’hui, les populations se rassemblent selon des traits communs, des intérêts, pour se défendre.
Face à l’injustice sociale, l’inéquité dans les décisions de juges, gendarmes ou préfets en milieu urbain et rural, le communautarisme prend de plus en plus corps et fait valoir sa capacité de réaction, d’opposition ou de protection. Dès lors, toutes les ethnies (presque) ont leurs regroupements ou associations, soit pour promouvoir un terroir, une culture, une langue. Mais, en réalité l’objectif inavoué réside dans la défense contre les agressions extérieures. Cela ressemble à la carapace de la tortue pour se protéger.
Notre pays vit une menace sérieuse en assistant impuissamment à un développement exponentiel des regroupements à caractère ethnique ou racial ou même religieux.
A voir de près, c’est le résultat de plusieurs décennies de frustrations accumulées. Pendant très longtemps, la justice sociale a manqué, pis elle s’exacerbe de plus en plus. La crise socio-politico-sécuritaire que vit le Mali actuellement a été un élément moteur de cette montée en puissance du communautarisme. Cette crise prendrait sa source à partir d’un certain communautarisme développé et entretenu par certains. Comme des blessés au bord de la route, les éclopés de l’injustice ont trouvé refuge dans leur communauté respective. L’état est superbement ignoré et devient même un élément à défier tout comme n’importe quels autres regroupements « ennemi» d’en face. C’est cette culture du communautarisme qui essaye d’occuper le terrain pour nous envahir.
Le djihad prôné par le Mouvement de libération du Macina a envenimé la situation. Elle a trouvé un terreau déjà favorable. C’est pourquoi, certaines ethnies sont pointées du doigt de suivre cette voie tracée par les ennemis du Mali.
Levy Dougnon

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