ARMEE MALIENNE : Un bayer aux corneilles!


Dans un pays en guerre contre les terroristes et par conséquent en proie à une insécurité galopante, les informations sur les méthodes d’opération des forces de défense et de sécurité peuvent participer au retour de la quiétude au sein de la population civile.

Au Mali, l’armée a le plus souvent été utilisée pour assouvir des desseins sordides. En mars 2012, les putschistes, voulant vaille que vaille s’emparer du pouvoir, se sont servis de la débandade de l’armée à Kidal afin de renverser les institutions de la République.

La reforme de la Grande muette a d’ailleurs été leur fonds de commerce privilégié tout au long de la Transition politique. Comme les auteurs du coup d’Etat, le candidat à l’élection présidentielle de 2013, Ibrahim Boubacar Keita a jugé utile de donner un nouveau souffle à nos forces de défense et de sécurité au cœur de sa campagne. Le peuple lui a fait confiance en espérant qu’une fois élu, il contribuerait à écrire l’une des glorieuses pages de l’histoire de notre armée.

Cependant, les Maliens attendent depuis plus de trois ans un déclic. Sur le terrain, la situation va de mal en pis, alors que dans les discours, il ressort que la Grande muette va mieux. Nos compatriotes apprennent couramment que l’armée d’aujourd’hui n’a rien à voir avec celle d’avant la chute du régime ATT. L’écart entre la réalité et les allocutions est tellement grand qu’il n’aide pas à rassurer nos compatriotes. Face à l’insécurité grandissante, ces derniers ne savent plus à quel saint se vouer. Ne faudrait-il pas alors mettre sur le tapis l’état de nos forces de défense et de sécurité ?

L’état  de nos forces de défense et de sécurité préoccupe fortement les Maliens. Vu le mutisme du gouvernement sur le sujet,  les états-majors politiques invitent régulièrement les autorités à publier des informations fiables sur notre armée. Dans un communiqué en date du 7 novembre 2016, le Parti pour la renaissance nationale (Parena) a exigé la « tenue d’états généraux des forces de défense et de sécurité ». Selon le « Parti du bélier blanc », un tel cadre d’échanges permettra de déterminer les « causes/raisons de la démotivation de nos forces ». Surtout que cet abattement pousse les militaires maliens à  « abandonner leurs positions, à procéder à des replis ou à passer rarement à l’offensive ».

Déboires

Plus d’un Malien se pose des questions sur la stratégie de notre armée face à la situation sur le terrain et les consignes que les militaires reçoivent sur le théâtre des opérations. Dans un pays en guerre contre les terroristes et par conséquent en proie à une insécurité galopante, les informations sur les méthodes d’opération des forces de défense et de sécurité peuvent participer au retour de la quiétude au sein de la population civile. Au moment où le doute s’installe progressivement chez les Maliens s’agissant de la capacité de la grande muette à relever les challenges de l’heure, un débat franc pourrait faire un diagnostic avant de proposer des remèdes. Le Conseil de défense et de sécurité, qui se réunit périodiquement sous l’égide du chef de l’Etat n’a pas encore pu combler les attentes.

Au-delà du Conseil de défense et de sécurité, IBK est au cœur de toutes les controverses concernant sa gestion de l’armée. Le président de la République ne cesse de dire avoir de grandes ambitions pour l’armée. Mais apparemment, le chef suprême des armées a de la peine à réunir les conditions de réalisation de ses ambitions, d’où le scepticisme de ses mandants. IBK doit éclairer la lanterne des Maliens sur un certain nombre de questions relatives à la gestion de l’armée. Il doit dévoiler ses conditions de nomination des ministres de la Défense. Cela est d’autant plus pertinent qu’IBK change de détenteur de ce portefeuille-clé comme bon lui semble. L’instabilité au ministère de la Défense et des anciens combattants semble entraver la bonne marche de l’armée. En trois ans, quatre ministres se sont succédé a la tête de ce département: Soumeylou Boubèye Maïga, Bah Ndaw, Tiéman Hubert Coulibaly, Abdoulaye Idrissa Maïga). Et chacun de ses ministres est venu aux affaires avec ses propres hommes et ses propres méthodes. C’est d’ailleurs pourquoi, il n’est guère surprenant que l’armée malienne ait eu trois chefs d’Etat major généraux en trois ans (Ibrahima Dahirou Dembélé, Mahamane Touré et Didier Dakouo). Les Maliens se posent encore des questions sur ces bouleversements qui n’ont pas apporté les résultats escomptés.

De la déception, il y en a beaucoup dans l’Accord de défense entre le Mali et la France. Le document n’inspire pas la confiance chez nos compatriotes. Il confirme tout simplement que notre pays a besoin d’une armée forte afin d’être authentiquement indépendant. Conscients que leur armée devait être remise à niveau, les Maliens avaient espéré que le deal signé en 2014 entre les deux pays participerait à redorer le blason de l’armée, à travers une réforme pointue. Toutefois, force est d’admettre que les contours de cet accord sont flous. Il n’a pas eu d’impacts sur la réforme de l’armée. Une question doit être au cœur de la mise en œuvre du deal: comment la France peut-elle aider le Mali à reformer efficacement son armée dans le cadre de leur coopération militaire? Le régime IBK devra donc revoir ses copies à ce niveau en apportant les réponses justes aux multiples questions.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

 

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