CHRONIQUE DU MARDI : Ma peur, mon seul courage !


« My fear is my only courage » selon Bob Marley. Peu de temps avant, Mao Tsé Toung interpellait en ces termes : « qui a peur de qui dans le monde actuel ? ». Ça commence par des soucis (des insouciances), des inquiétudes, des craintes, des angoisses et ça finit par de grosses-grosses-grosses peurs. De petites querelles de famille, on se retrouve tous plongés dans une vraie peur nationale de guerre civile qui ne dit pas son nom fratricide. Et plombés par un accord de paix, négocié à l’extérieur du pays, qui se décline en désaccords des signataires, des non signataires et de tous ceux qui n’ont jamais été consultés pour donner un avis sur ce qui les concerne en premier dans la vie et dans la mort. Comme s’il suffisait d’un sacré bout de papier écrit, dans une civilisation de l’oralité négro-arabo-berbère, portée par le clientélisme roi à multiples reines, pour arrêter une sanglante engueulade musclée entre voisins, obligés de partager le meilleur et le pire.
La liste, déjà ennuyeuse des commanditaires, des acteurs et des supporteurs, visibles et cachés, de la paix par la guerre, de la fortune par la fraude, de la célébrité par la facilité, ne fait que s’allonger indéfiniment dans la bande sahélo saharienne de 8.000.000 km2. C’est la vie de château pour certains égarés. Et pourvu que ça ne dure pas pour d’autres innocentes victimes, en chaque case, campement et hangar ! Par peur des uns et des autres, la crise armée du Mali n’ose pas encore se déclarer guerre civile chez les preneurs de note verbale et les copistes de grands procès géostratégiques programmés à dessein. Tous noués au ventre par la même peur et par la même faim. Côté sécurité mentale et alimentaire à reformer, chacun s’y retrouve confronté, individuellement et collectivement, à cette double entrée qui fonde la réussite d’une personnalité, physique et morale. Le seul problème de ceux qui clament ici qu’il n’y a pas de problème, entre clients enchantés des restaurants de luxe tard le soir et fouilleurs avec sacs de poubelle à l’aube, c’est que les uns (faamaw) et les autres (garibuw) ne prennent plus de temps d’avoir la quiétude de leurs esprits, même si leurs corps frustrés sont lourdement troublés par le manque de nourriture. Mais s’ils arrivaient à intégrer la recommandation du jeûne dans leur diète quotidienne ou hebdomadaire, les démons de la peur et de la faim seront résolument vaincus par la vertu d’un tube digestif austère qui n’avale pas tous les propos de circonstance ni les menus servis indigestes à première vue. Les intoxications alimentaires sont d’abord spirituelles si bien que « la cuisine passe avant la mosquée » Et la mixité des usagers est tolérée à condition que le premier espace soit défini comme le privilège des femmes et le second, le domaine prioritaire des hommes : serviettes et torchons bien séparés. Alors, pourquoi avoir peur de sa propre ombre ? Il n’y a qu’à attendre l’obscurité pour qu’elle disparaisse de l’éclairage imposé par les jaloux du roi soleil qui se passe de toute énergie, renouvelable ou pas. Il suffit qu’il soit, pour être, à chaque apparition télévisuelle nationale, incontournable ! Du courage, il en faut certainement, ne serait ce que pour se faire voir là où très peu de gens lisent en eux-mêmes. Ce qui va et ce qui ne va pas au Mali Sahélo Saharien. Le surplace, donc. Plutôt la reculade progressive, bien tenue entre deux échéances électorales toujours politiquement compliquées. En tous les cas de figure consultative, gagnante ou perdante, les peuples n’auront jamais que les chefs qu’ils méritent par la volonté du Tout Puissant. Le Seul et Unique digne d’adoration et dont la respectueuse crainte profite au classement le plus noble de l’intelligence humaine, de manière à dépasser toute peur et toute faim, ici bas et au-delà. Soulagement donc des inévitables blessures de guerre alimentaire et des angoisses cauchemardesques de la paix des esprits qui va bien au-delà des conflictuels rituels mondialisés de socialisation économique pour se donner un mandat quasiment suicidaire. Mais à quand la fin au Mali millénaire du goût inné pour une telle descente en enfer depuis plus d’un demi siècle ? La fin, par un miracle, peut être. Jamais, plus jamais de miracle, malgré nos dons en sorcellerie, historiquement attestés dans le monde entier. Entre deux peurs, du diable et de Dieu, il faut, quelque soit la qualité du choix humain et de ses limites, recevoir la grâce du courage de s’attaquer, sans hypocrite complaisance, à ses propres faiblesses : aides-toi, le ciel t’aidera ! Et surtout, avoir la sagesse de se soumettre entièrement aux sévères et imprévisibles épreuves d’amour du Créateur pour nous ramener dignement à Lui car, immanquablement, demain Lui revient, et ce sera très-très-très chaud, sans être abusif pour qui que ce soit tant Il Est Juste.
Hamidou Magassa, CERNES

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