COMPTE DE L’EGLISE CATHOLIQUE : Réplique à David Dembélé


Le 31 mai 2017, j’ai pris connaissance des articles des journaux maliens et étrangers mettant en cause, l’honneur et l’intégrité des évêques Jean Zerbo, Jean Gabriel Diarra et de l’Abbé Cyprien Dakouo.

Connaissant les deux premiers, j’ai la ferme conviction que les faits à eux imputés ne pouvaient être vrais. Cependant, malgré l’estime et la confiance que j’ai pour eux, je me suis fait le devoir d’approfondir les éléments apportés par les articles.

Ce sont les résultats de ces recherches que j’expose ci-dessous.

La personnalité des trois journalistes qui ont interrogé l’Archevêque le samedi 13 mai 2017.

Il s’agit de David Dembélé qui a communiqué à l’Archevêque son vrai numéro de téléphone ; Michel Diarra, c’est sous ce faux nom que s’est présenté Monsieur Boubacar Dicko, lui aussi a donné son vrai numéro de téléphone. Mes recherches sur lui m’ont permis de découvrir qu’il anime un compte tweeter sous le pseudo « l’enfant_peulh » avec comme photo un jeune habillé comme un « Hadj » au retour du pèlerinage ; Mehdi Medded : Il est le troisième homme de ce trio mais aussi le plus intéressant. Il a donné comme contacts deux numéros de téléphone : + 33 622 99 21 94 et + 223 90 78 02 95.

Ce second numéro étant un numéro malien, j’ai tenté depuis des jours de le joindre et, à chaque fois, je tombe sur un répondeur qui me dit que ledit numéro n’est pas en service actuellement. Ce que j’ai trouvé bizarre pour un numéro volontairement communiqué le 13 mai 2017, soit environ 19 jours après l’avoir communiqué.

Ce fait m’a d’autant plus incité à intensifier mes recherches le concernant qu’il n’a ni signé, ni même cosigné aucun des articles publiés.

C’est ainsi que j’ai découvert qu’il s’agit d’un jeune journaliste Marocain qui a fait ses études de journalisme à Lille, a brièvement travaillé pour RFI, Le Monde et Médiapart, qu’il a effectué deux séjours de travail aux USA. Il est journaliste indépendant spécialisé dans la production audiovisuelle. En 2009, il s’est installé à Casablanca au Maroc. Sa dernière contribution à Médiapart, remonte à 2012 (source : A propos de qui nous sommes).

Le fait qu’il n’ait ni signé, ni cosigné un des articles signifie-t-il que ce Monsieur a un dessein caché ou se souvenant de la condamnation du journal Le Monde et de ses deux journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme, condamnation d’ailleurs confirmée par la Cour d’appel de Paris, a-t-il trouvé les éléments recueillis trop légers pour en faire un article ?

 

Analyse des articles

Les articles concernant cette affaire ont été publiés dans plusieurs journaux qui sont : Le Reporter, Le Sahélien.com, Des Dépêches du Mali, Le Monde Afrique et le Copyrigth de Malijet.

Je dis bien les articles, car bien que signés par les mêmes auteurs (David Dembélé et Boubacar Dicko), ils ne sont pas toujours en tout point les mêmes. On trouve dans certains, des détails qui ne figurent pas dans d’autres.

 

Les numéros de comptes

Les articles donnent des numéros de comptes qu’ils disent appartenir aux 3 mis en cause. Je n’en prendrais qu’un seul pour expliquer la signification des lettres et des chiffres : exemple Iban CH 18 0868 9050 9118 1503.

IBAN : il est l’acronyme de International Bank Account Number en français, Numéro de compte bancaire international.

CH : est le code pays (CP) qui est l’indicatif du pays ou se trouve la banque dont le numéro de compte est donné. Ici, CH est l’indicatif de la Suisse.

18 : ce chiffre représente la clé de contrôle (CC).

0868 : indique le code banque (CB).

Les trois autres séries de quatre chiffres 9050 9118 1503, indiquent le numéro de compte dans la banque.

Il se trouve qu’au moment de l’ouverture du compte de la Conférence Episcopale du Mali (CEM) en 2002 au Crédit lyonnais de Monaco, la Banque HSBC Monaco, filiale de HSBC Genève exerçait déjà sur place.

Ainsi, le code pays de l’IBAN indique le pays dans lequel se situe la banque. Mais alors, pourquoi les numéros de comptes fournis ne commencent-ils pas par MC qui est l’indicatif de la Principauté de Monaco qui à ce titre dispose d’un code pays différent de celui de la France. Il est à signaler pour mémoire, que toute entreprise ouverte dans un pays est assujettie au droit de ce pays.

Ouverture du compte de la CEM au Crédit lyonnais de Monaco

Selon les auteurs des articles, les comptes incriminés ont été ouverts le 25 novembre 2002 à 9h du matin au Crédit lyonnais de Monaco au lieu de les ouvrir à HSBC Private Bank de Monaco si l’intention des évêques était de cacher l’argent ou de le blanchir dans une banque filiale de la Banque Suisse Genève ?

Les voyages du compte du Crédit lyonnais de Monaco à HSBC Private Bank de Monaco (et non de Genève)

Les auteurs soutiennent que les comptes des évêques ont voyagé de 2002 à 2005 du Crédit lyonnais à HSBC Monaco, filiale de HSBC Suisse Genève, 2005 parce que c’est cette année-là que deux agents de HSBC dont Monsieur Nen Khieu se sont entretenues avec les évêques Zerbo et Diarra et l’abbé Cyprien à Bamako du 29 septembre au 18 octobre, entretiens au cours desquels ils se seraient mis d’accord sur un taux de rémunération de 5 % des avoirs et de confier à HSBC la gestion de 50 % du portefeuille de la CEM.

David Dembélé et Boubacar Dicko décrivent donc le parcours des comptes du Crédit lyonnais à HSBC Monaco comme suit :

2002 : ouverture des comptes au Crédit lyonnais de Monaco.

Puis rachat du Crédit lyonnais de Monaco par le Crédit Agricole de Monaco (CA).

Ensuite, rachat du Crédit Agricole de Monaco par le Crédit Foncier de Monaco (CFM).

Par la suite, le CFM devient CFM Indosuez Wealth devenue depuis filiale de HSBC Private Bank de Genève.

Schématiquement cela donne comme parcours des comptes :

Crédit lyonnais => racheter par => crédit Agricole = racheté par => Crédit Foncier => devenu CFM Indosuez Wealth => devenu filial de HSBC Genève (en réalité Monaco).

Tout cela est bien précis sauf qu’à la suite des recherches je découvre que :

-Nulle part je n’ai trouvé trace du rachat du Crédit Agricole Monaco par le Crédit Foncier de Monaco.

-Par contre, un article de Libération en date du 23 décembre 1996 fait état du rachat d’Indosuez par le CA.

-C’est le 18 janvier 2016 que le CFM filiale du CA a modifié sa dénomination sociale de CFM en CFM Indosuez Wealth (source : www.boursedirecte.fr).

Ainsi, contrairement à ce que soutient l’article, CFM Indosuez Wealth n’est jamais devenue filiale de HSBC Private Bank, pour preuves :

-David Dembélé ou ses collaborateurs du journal Le Monde le 3 juin 2017, ont mis à jour l’article intitulé « Mali : l’Archevêque de Bamako a abrité des millions d’euros en Suisse » publié le 31 mai 2017 par le journal Le Monde Afrique.

Au bas de cette nouvelle version, dans une mention dite « Précisions », ils ont écrit : « cet article a été mis à jour le 3 juin. La première version mentionnait par erreur que CFM Indosuez Wealth était devenue une filiale de HSBC Private Bank à Genève… », je reviendrais sur cette fameuse mise à jour.

Le site : « m.investir_lesechos.fr » signale le 19 octobre 2016 que HSBC Monaco filiale de HSBC Suisse basée à Genève va se retirer de Monaco et céder sa clientèle monégasque à CFM Indosuez Wealth Management, majoritairement détenue par CA (voir aussi à ce sujet : www.lefigaro.fr du 19 octobre 2016 et www.monacohebdo.mc de la même date.

Après ces différentes corrections, le schéma dit « du voyage » des comptes incriminés du Crédit lyonnais à HSBC sera le suivant :

Ce schéma démontre qu’il y a un chaînon manquant entre CA et HSBC, on ne voit pas comment et par quel moyen les comptes sont arrivés du CA à HSBC. Il appartient aux auteurs de fournir ce lien.

Simulation de transfert

Tous les articles publiés entre le 30 mai et le 1er juin 2017 ont soutenu qu’à la suite d’une simulation de transfert, nos journalistes ont réussi à savoir que lesdits comptes sont encore actifs sans dire cependant, comment cette simulation a été faite.

Le 02 juin 2017, le sieur David Dembélé dans une interview publiée à 16h 25 par Olivier Du Bois réaffirme que les comptes sont encore actifs en y ajoutant un nouvel élément qui est : « quand l’actuel gestionnaire des finances de la CEM, Noël Somboro nous dit que ces comptes n’existent pas, les bras nous en tombent, parce que nous avons essayé de faire une simulation sur ces comptes AVEC L’AIDE D’UN JOURNALISTE DU SITE D’INFORMATION MEDIATPART QUI NOUS A AIDES SUR CE PLAN et il s’est avéré que ces comptes existent encore à la HSBC… ».

Cette déclaration a été faite le 02 juin 2017 et le lendemain 03 juin, le journal Le Monde dans la mise à jour de l’article publié le 31 mai 2017 par Le Monde Afrique ci-dessus évoquée, écrit dans une précision en bas de ladite mise à jour :

« Précisions : cet article a été mis à jour le 3 juin. La première version mentionnait par erreur que CFM Indosuez Wealth était devenue une filiale de HSBC Private Bank à Genève. Par ailleurs, CONTRAIREMENT A CE QU’AFFIRMAIT LA PREMIERE VERSION, NOUS NE SOMMES PAS EN MESURE DE PROUVER QU’UN OU PLUSIEURS DE CES COMPTES EST (SONT) ENCORE ACTIF (S) ».

Il ne s’agit plus là d’une mise à jour, mais véritablement d’une mise en cause de la première version publiée par le Monde Afrique.

La question que l’on peut se poser est la suivante : est-ce David Dembélé qui a repris son article du 31 mai par une mise à jour ou ses collaborateurs du Journal Le Monde qui l’ont fait ? Dans les deux cas, le mal est infini.

En tout état de cause, comment David Dembélé qui prétend avoir mis des mois à enquêter sur cette affaire, publie des informations les 30 et 31 mai 2017, confirme ses informations le 2 juin 2017 pour le 3 juin 2017 dire qu’il s’agit d’erreur ou qu’il ne peut prouver ce qu’il soutenait la veille.

C’est trop facile de porter atteinte à l’honorabilité des gens et de penser s’en tirer aussi facilement en faisant des mises à jour suivies de prétendues précisions.

 

L’argent prétendument versé sur ce compte serait-il celui des fidèles catholiques maliens ?

Si ces comptes existent et que de l’argent y a été versé, il ne peut s’agir nullement de celui des catholiques maliens. Car les quêtes et cotisations de ces derniers ne suffisent même pas à couvrir les dépenses de l’Eglise Catholique malienne.

Du reste, lorsqu’une quête est faite au cours de la messe, ce sont en général des laïcs qui font le décompte du montant recueilli et ce montant est communiqué aux fidèles à la prochaine messe.

Ensuite, le seul montant collecté qui est envoyé à l’extérieur est celui des Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM). Cet argent est collecté de par le monde entier et envoyé au Pape à Rome qui au nom de la solidarité le redistribue entre les églises.

Dans ce cadre l’Eglise malienne reçoit largement plus que sa contribution. Il est à signaler que la cotisation des OPM est faite une seule fois par an.

Les fidèles ne sont pas impliqués dans la gestion des fonds

Ceci est totalement faux si l’on considère que les économats diocésains ainsi que celui de la CEM emploient généralement des laïcs comme comptables et autres agents.

En outre, un fidèle qui demande à connaître l’utilisation qu’est faite des sommes récoltées des quêtes ignore totalement la nature de celles-ci qui sont des offrandes faites à Dieu et l’Eglise ne peut être une société commerciale obligée de rendre des comptes.

L’argent déposé sur les comptes extérieurs doit-il être déclaré au fisc malien ?

David Dembélé lui-même dit dans une interview que « cet argent doit être en principe déclaré au fisc malien ». Qui dit principe dit exception. Dans le cas d’espèce :

-Au Mali, les cultes sont généralement exonérés du payement des impôts ;

-Les montants déposés sur un compte extérieur et qui sont des aides des bailleurs étrangers n’ont pas à être déclarés puisque non imposables au Mali ;

Selon Monsieur Mathias Konaté que nous avons approché, il dément formellement avoir parlé de la CEM avec lesdits journalistes. Les questions ont surtout portées sur les nouvelles mesures adoptées par le gouvernement pour lutter contre les transferts indirects de bénéfices notamment dans les paradis fiscaux. Il n’a jamais été question de au cours de leur entretien de compte de la CEM à l’étranger.

Cependant, après avoir pris connaissance de leurs articles, je suis en mesure d’affirmer que les comptes de la CEM et même les intérêts qu’ils ont pu produire n’ont pas à être déclarés au Mali pour les raisons suivantes :

En effet le Mali a opté pour un système d’imposition cédulaire des revenus. A la différence du système d’imposition globale qui fait l’addition de tous les revenus de source malienne et étrangère, le système d’imposition cédulaire frappe chaque catégorie de revenu (bénéfice, salaire, revenu de valeurs mobilières, loyers, plus-value réalisée par les particuliers, etc.).

-En ce qui concerne les revenus de valeurs mobilières (dividendes, intérêts, arrérages), ils sont soumis à l’impôt sur les revenus de valeurs mobilières (IRVM).

-Sont passibles de cet impôt, les intérêts, dividendes, arrérages et tous autres produits des actions, des obligations et emprunts des sociétés, compagnies et entreprises quelconques financières, industrielles, commerciales ou civiles, ayant leur siège social au Mali (article 23 du Code Général des Impôts du Mali).

-L’IRVM est déclaré et payé par les sociétés, compagnies et entreprises qui sont les redevables légaux de cet impôt (article 43 du Livre de Procédures Fiscales).

De ce qui précède, les intérêts versés à la Conférence Episcopale du Mali (CEM) par des institutions financières ayant leur siège social situé hors du Mali ne sont pas imposables au Mali ; en conséquence, la CEM n’est donc pas tenue de déclarer et payer l’IRVM sur ces intérêts au Mali.

En conclusion, il est fort possible que la CEM ait ouvert un compte à l’étranger, l’argent versé sur ce compte ne peut être que le produit des aides des bailleurs de fonds étrangers, la CEM étant une personne morale ne peut être représentée pour toute opération qu’à travers des personnes physiques, d’où les noms du président de la CEM, de celui de la Commission finance et de son Secrétaire général. Non, cet argent n’appartient pas aux personnes incriminées intuitu personae.

Telles sont mes convictions basées sur les résultats des recherches ci-dessus évoquées.

Daniel Coulibaly

Inspecteur des douanes à la retraite

2 Responses to COMPTE DE L’EGLISE CATHOLIQUE : Réplique à David Dembélé

  1. Karangasso dit :

    Bonjour,
    Voici un vrai article professionnel. Merci pour ce travail d’éclairage. Il est dommage que le journal « lesechos » n’ai pas un lien d’accès à partir de la page malijet ou afribone (qui sont des pages très utilisées par les internautes). Cet article devrait faire l’objet de plus de relais dans la presse.
    L’Eglise doit cependant tirer des leçons de cette « affaire ». Voilà que sont nom est salit injustement, et qu’elle n’a même plus la possibilité de se « laver » tellement le mal s’est diffusé. Il aurait été différent si certaines personnes clés avaient accès à la bonne information de l’Eglise (pour en être ses ambassadeurs/relais). Le Patrimoine de l’Institution devrait faire l’objet d’une information afin de mieux associer les fidèles aux décisions stratégiques à prendre (on ne peut pas être bon en théologie et être bon en gestion financière ou en investissement/infrastructures). Les 3 personnes citées ont donné leurs noms et leurs documents d’identité en tant que RÉFÉRENTS des comptes: ça ne veut pas dire qu’ils en sont les propriétaires et qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent (ils agissent au nom de la CEM).
    Mais si on refuse de communiquer clairement, voilà ce qu’on risque: être à la merci de pauvres aigris !

  2. K dit :

    Merci pour cet effort de réplique qui n’a rien d’amateurisme. Ceci montre en effet, les sérieuses investigations de monsieur Daniel Coulibaly, qui a fait un travail de titan pour montrer tout simplement la non stabilité des soi disant articles qu’un journal comme le Monde publie, justement à ce sujet de crédit fiscal.
    De ce que les journaux publient il y a une chose a savoir: les informations doivent être prises avec un fort esprit critique. Malheureusement on ne peut pas demander à toutes les familles qui suivent France 24 d’avoir un œil critique sur l’ensemble des informations qui passent.
    Il appartient donc, non seulement au journaliste de bien trier les types d’annonces, mais aussi à ceux qui reçoivent ces infos de faire la part des choses, sinon d’approfondir la nature et la source de ces infos.
    J’encourage des recherches pareilles qui viennent enlever l’ivraie du vrai champ de blé, et qui incite la réflexion à la naïveté( recherchée) qui accompagne les grands chaînes de diffusion médiatique.
    Au lieu de vouloir remettre en cause-je dirais à ces lamentables journalistes Dembélé et Dicko- des hommes véritablement intèges et qui pensent les plaies morales du pays chaque jours, ils auraient dû avoir le culot d’entreprendre une enquête sur ces insupportables détournements de fonds que des prétendus hommes dirigeants de nos pays en Afrique font l’objet.
    KASSOGUE – Depuis Ouaga-

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