GESTION DU POUVOIR : Le désenchantement des Maliens


Après les appels du pied, les fronts de contestation s’érigent aussi bien à l’intérieur du pays que dans les communautés maliennes à l’extérieur. Comme un malheur ne vient pas seul, des « amis » du Mali semblent perdre patience et exigent des « résultats », au risque de revoir leurs positions dans divers domaines d’intervention.

Elu avec 77,61 % des suffrages exprimés, le président de la République est très loin du compte. Les promesses de paix et de développement qui avaient notamment ouvert les portes du palais présidentiel au candidat Ibrahim Boubacar Keita ont rapidement volé en éclats.

De la nécessité de donner plus de temps au premier responsable de la nation afin, dit-on, de mieux peaufiner ses stratégies à l’état de « délabrement » de la nation dont il aurait hérité en passant par les « erreurs de casting », les tentatives de justification de l’inefficacité du régime en place n’ont pas manqué. Mais, plus le temps passe, plus les Maliens demeurent convaincus que le chef de l’Etat doit changer son fusil d’épaule. Après les appels du pied, les fronts de contestation s’érigent aussi bien à l’intérieur du pays que dans les communautés maliennes à l’extérieur. Comme un malheur ne vient pas seul, des « amis » du Mali semblent perdre patience et exigent des « résultats », au risque de reconsidérer leurs positions dans divers domaines d’intervention. Ces énormes pressions n’ont, toutefois, pas l’air de trop émouvoir les gouvernants, qui croient toujours en leurs chances de succès. Combien de temps durera encore l’optimisme des dirigeants au moment où ça gronde dans les rues et à l’étranger? L’on ne saurait le dire même si IBK et les siens tentent, vaille que vaille, de sauver les meubles.

Le projet de révision constitutionnelle est une véritable bombe sociale. En dépit du report du referendum constitutionnel afin de calmer les esprits, la tension sociale est palpable. Déçu par la gouvernance actuelle, des millions de nos compatriotes souhaitent simplement que le président IBK renonce à modifier la constitution de 1992, « écrite en lettres de sang ». Parmi ceux-ci se trouve l’ancienne première dame Adame Ba Konaré. La célèbre historienne invite IBK à sortir de la « logique de procrastination en annulant tout simplement son projet ». Avec l’orgueil qu’on lui apparaître, il n’est pas sûr que le président accède à la demande de la native de Ségou.

Le Tchad aussi…

IBK, qui n’a pas d’autres arguments que la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation, a d’ailleurs mis à profit le sommet du G5 du week-end dernier à Bamako pour réitérer qu’il irait au bout de son initiative. Un message fort qui a certainement galvanisé les opposants à la reforme constitutionnelle. Et malgré le verdict défavorable de la Cour constitutionnelle que l’opposition et une partie de la société civile avaient saisie par rapport au projet de révision constitutionnelle, la tension n’est pas près de baisser. Certains observateurs craignent même des affrontements entre les partisans et les opposants à la reforme. En tout état de cause, le chef de file de l’opposition politique, Soumaïla Cissé a prévenu que son camp se battrait et qu’il ne baisserait pas les bras.

En plus des pressions liées au projet de reforme constitutionnel, le régime IBK devra gérer le changement de ton de la France. Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée, l’ex-puissance coloniale veut faire bouger les choses dans ses zones d’intervention. Comme il avait déjà annoncé la couleur quelques semaines plus tôt à Gao, le nouvel homme fort français a profité du sommet du G5 du week-end dernier à Bamako pour dévoiler ses attentes. Emmanuel Macron veut du « concret » et des « résultats » et non le « sentimentalisme » qui avait caractérisé les relations entre la France de François Hollande et le Mali d’IBK. « Ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace dans le respect des conventions humanitaires. Les résultats doivent être au rendez-vous », a tranché M. Macron avant de se dire « prêt à aller chercher de l’argent à Bruxelles et à Berlin pour maintenir le niveau de l’aide actuelle ». Il appartiendra aux Etats du G5 de « prouver que cet argent sert vraiment la lutte anti-terroriste et ne connaît pas quelques pertes en ligne du fait des bakchichs prélevés par les gouvernements en place ».

Quelques jours avant le sommet du G5 a Bamako, le Tchad avait probablement donné des frissons à IBK. Le président Tchadien Idriss Deby Itno, dont le pays forme le troisième contingent le plus important de la Mission de l’Onu au Mali (Minusma) avec 1390 hommes, avait menacé de revoir sa participation à la lutte contre le terrorisme dans certaines zones affectées par le fléau. Les difficultés économiques que connaît ce pays d’Afrique centrale justifieraient ce probable changement. « Le Tchad est un petit pays qui n’a pas de moyens, qui a connu d’énormes problèmes dans son histoire récente. Il est donc du devoir de ceux qui ont plus de moyens de l’aider sur le plan militaire, matériel, logistique, financier », estime Idriss Deby Itno qui juge que son armée ne peut pas « être dans le G5 et en même temps dans une autre mission sur le même théâtre ».

Un message à peine voilé à des dirigeants comme IBK, qui doit accélérer la reforme de son armée pour relayer rapidement les troupes internationales présentes sur notre territoire, particulièrement les militaires tchadiens.

Ogopémo Ouologuem

(Correspondant aux USA)

 

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