GOUVERNANCE IBK : le temps de se ressaisir


Il y a quoi de neuf en terre malienne ? Rien, à part le même soleil triste sous lequel hommes, femmes, enfants se démènent pour relever la tête qui ploie sous l’effet d’un quotidien fait de misère, de mort, de mépris.

Cela fera bientôt un mois que les médecins ont déserté les hôpitaux et que les pauvres et leurs enfants y crèvent en longueur de journée sans que cela n’émeuve dans les hautes sphères du pouvoir où l’on a pris la coutume de s’agiter sans agir. De prendre les discours pour des actes. La grandiloquence est devenue la marque de fabrique de celui qu’on appelle désormais « le roi ». Les gens ont besoin de soins et non de mots. Des mots auxquels ils ne comprennent rien, parce qu’à l’école aussi les enseignants ont désormais fait des classes un sens interdit qu’ils ne prendront qu’après satisfaction de leurs doléances. Mais ce qui choque et humilie, c’est que le pouvoir donne l’impression de n’avoir pas la solution ou il ne l’a pas tout court.

Mais, qu’est-ce qu’on va faire avec des milliers, de jeunes, diplômés ou pas, qui ne gagnent pas assez, qui ne voient pas leur avenir et pour qui l’horizon est bouché ; des médecins et enseignants qui vivotent parce que mal payés ?

Le gouvernement n’a pas de solution ; il est dans le passé. Tout est archaïque, vieux dans ce pays. Même à l’école, où les professeurs donnent les mêmes leçons depuis 10 ou 20 ans. L’éducation « par mémoire », comme le disait une amie américaine, il y a quelques jours : « Je te dicte, tu écris, tu apprends par cœur et tu me le redis ». On n’apprend pas à réfléchir aux enfants. On ne  leur apprend pas à innover. A créer une entreprise. Aux enfants du Mali d’en bas. Du Mali réel. Parce que, encore une fois, il y a deux Mali.

Disons-le clairement, le peuple est en avance sur la classe politique dirigeante, qui est en peine de réaliser que de l’eau a coulé sous le pont. Qui a du mal à fermer la fenêtre du passé pour ouvrir celle du présent et du futur.

Il faut que les nouveaux nababs du Mali, dont l’appétit n’arrête pas de grandir, sachent qu’ils ne sauraient maintenir le statu quo. On se croirait en 2012, avec un président et ses ministres au sud du pays, alors que le nord reste entre les mains des groupes armés et des terroristes. Des écoles fermées dans le Centre et une bonne partie des régions du nord du pays. Pendant ce temps, à Koulouba, on prépare la réélection de 2018. D’ores et déjà, des affiches partout dans le centre-ville nous agressent et nous disent que « L’industrialisation est le moteur du développement inclusif ». Sans électricité, comment allez-vous faire tourner ces industries ? A la force du mollet ? Tout se passe comme s’il y a une crise de neurone. Une réélection est possible, mais pour cela il faut qu’IBK redevienne IBK. Celui qui, de 1994 à 2000, en tant que Premier ministre, a remis le pays sur le chemin de la confiance, de la croissance. Qui a donné de la dignité à la fonction de député. Les gens veulent tout sauf cet IBK brutal, qui, selon les propos d’un ancien ministre rapportés par Ousmane Sow dans « Un para à Koulouba, chronique d’une nation à repenser », « parle beaucoup et il sait des choses. Mais, il n’écoute pas, c’est son gros défaut ». C’est à ce travail de changement au niveau personnel qu’on attend IBK. Sinon avec sa réputation de « Kankelentigui » déjà atomisée, ses nombreuses références à Dieu dans ses propos seront une recette qui ne s’avèrera pas payante auprès des religieux en 2018. En attendant, le peuple espère : « Espère, enfant ! Demain ! Et puis demain encore ! Et puis toujours demain ! Croyons dans l’avenir ».

  1. Sangaré

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