GOUVERNANCE : La nécessite de crédibiliser l’Etat!


L’agitation permanente du front social et l’incapacité du gouvernement à engager un dialogue fécond avec ses interlocuteurs attestent de la rupture entre le sommet et la base. Le malaise semble assez profond.

 En moins de quatre ans de présidence d’Ibrahim Boubacar Keita, le Mali a eu trois chefs de gouvernement. Les permutations et les remaniements ministériels n’ont jamais pris fin. L’objectif déclaré de ce chamboulement continu est de combler les attentes des Maliens, qui seraient au cœur de l’action gouvernementale. Pourtant les choses évoluent lentement et l’espoir a fini par laisser la place à la désillusion. Non seulement les autorités peinent-elles à se montrer à leur avantage mais on assiste surtout à une crise de confiance entre le régime IBK et nos concitoyens. L’agitation permanente du front social et l’incapacité du gouvernement à engager un dialogue fécond avec ses interlocuteurs attestent de la rupture entre le sommet et la base. Le malaise semble assez profond. Le gouvernement devra sortir le grand jeu pour prouver qu’il est digne de la confiance des différents partenaires sociaux. Cela refléterait simplement les discours présidentiels, qui mettent toujours en relief la nécessité de bâtir un Etat fiable.

Les grèves récurrentes des fonctionnaires décrédibilisent le gouvernement. Dans un passé récent, les travailleurs de secteurs clés de la nation tels que la santé, l’éducation, la justice… ont grevé. Malgré les assurances du gouvernement, les mouvements ne faiblissent pas. Les scenarios de ces débrayages sont quasi-identiques. Face à un Etat ignorant les méthodes préventives, les grévistes croient que la cessation de travail est le seul moyen de se faire entendre au Mali. Pour tout masquer et sauver les meubles, les dirigeants signent finalement des accords sans lendemain avec les syndicats. Se sentant floués, les travailleurs reviennent à la charge. A travers ses canaux de communication, le gouvernement juge les revendications des syndicats « insupportables » par le budget alors que ces derniers pointent du doigt la « mauvaise foi » des gouvernants. Au demeurant, l’Etat, dont le train de vie dépasse l’entendement en ces temps de vache maigre, ne se facilite pas la tâche en ce sens qu’il encourage le corporatisme. L’Etat pratique la politique de « deux poids, deux mesures ». Des avantages indus sont accordés à certaines corporations alors qu’ils sont refusés à d’autres plus méritants. Ce qui fait que l’Etat a de la peine à prouver sa sincérité et se poser ainsi en partenaire crédible devant les mouvements sociaux.

La question de la crédibilité de l’Etat ressort également dans la gestion de la crise du Nord-Mali. En dépit de leurs revirements constants, les mouvements armés du Nord accusent régulièrement Bamako de ne pas tenir ses engagements dans le cadre du processus de paix. Des critiques qui ternissent l’image d’un gouvernement mal en point aussi bien sur le terrain qu’autour de la table des négociations. L’Etat doit avoir un plan d’action et un mécanisme de suivi de ce plan pour démontrer sa crédibilité à la face du monde. Il est déplorable que le gouvernement ne soit pas en mesure d’apporter des démentis cinglants aux propos de groupes sécessionnistes qui dénoncent parfois sa « mauvaise foi » dans l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Avec le comité de suivi de l’Accord ainsi que la médiation internationale, l’Etat dispose de témoins privilégiés. Le gouvernement devra davantage les associer à certaines de ses décisions afin d’éviter que l’image de notre pays soit écornée a l’échelle planétaire. Surtout que plusieurs aspects du deal de paix entre les protagonistes de la crise du septentrion peuvent se prêter à diverses interprétations. Cette possibilité doit donc inciter les autorités à être plus précises dans les engagements et éviter les polémiques stériles sur des initiatives relatives à la mise en œuvre de l’Accord de paix.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

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