IBRAHIMA KOREISSI, COORDINATEUR NATIONAL DE DEME SO « Le parajuridisme veut répondre aux besoins de justice des populations »


La Clinique juridique Dema-So, une structure de l’Association Deme-So, est un adjuvant de plus en plus indispensable à la justice malienne. Nous avons rencontré son coordinateur, Ibrahima Koreissi. Ici, il explique les enjeux et les perspectives de l’une des dernières créations de son association, les parajuristes. Entretien.

 Les Echos : Qu’est-ce que l’Association Deme-So et la clinique juridique ?
Ibrahima Koreissi : LAssociation Deme so qui signifie en bambara (la maison de l’aide) a été créée le 12 août 1991 par des jeunes juristes maliens pour appuyer la démocratie et promouvoir les droits de l’Homme au Mali. Deme-so a été reconnue par les autorités par le Récépissé n° 01291/MECATS/DNAT du 25 novembre 1992.
Pour mieux atteindre ses objectifs l’Association Deme so a décidé de créer le 21 septembre 1994 une clinique juridique du même nom.
La clinique juridique a été le premier mécanisme de Deme-so mis en place pour l’accès des couches vulnérables à la justice. Elle se trouve au niveau du siège national de Deme-so.
Mais de nos jours, Deme-so a en plus de la clinique Juridique 11 bureaux d’assistance juridiques et judiciaires (BAJJ) fonctionnels et implantés au niveau des juridictions de Tribunal de grande instance de la Commune III du District Bamako et de toutes les juridictions de la région de Ségou et au TGI de Gao, 16 autres pour les autres juridictions des régions de Mopti, Gao, Tombouctou, Ménaka et Taoudéni sont en cours d’installation.
 
Les Echos : Vous venez de publier un rapport sur le travail des parajuristes au Mali. Que peut-on en retenir ?
I. K. : Ce rapport est un document de capitalisation des différents services fournis par les parajuristes actifs dans 9 régions et le district de Bamako pendant la période de janvier à octobre 2016. Il s’agit des régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Gao, Tombouctou, Ménaka et Taoudéni et le district de Bamako.
Il s’agit des services de causerie débats et sensibilisation au niveau des villages, quartiers et fractions sur des thèmes juridiques en lien avec les préoccupations des populations. Et pour 2016 :
678 parajuristes actifs, c’est–à dire ceux qui ont travaillé ont organisé 2 776 sessions et ont touché directement plus de 100 000 personnes à travers des conseils donnés, des orientations et accompagnements réalisés et des médiations effectuées.
Ils ont aussi fait 269 médiations et connu 473 cas de conseils et orientations c’est-à-dire référés aux Cours et tribunaux pour règlement.
 
Les Echos : Qu’est-ce que le parajuriste ?
I. K. : C’est le statut du parajuriste adopté en 2006 et dans son Article1 qui définit le parajuriste: « Est para juriste, la personne (homme ou femme) connaissant les réalités sociologiques de son milieu d’intervention, jouissant d’une notoriété certaine et qui contribue à rendre le droit »
L’article 2 ajoute: « Le ou la para juriste n’est pas un ou un professionnel (le) du droit ». Le parajuriste est donc un homme ou une femme proposé par une communauté locale sur la base de la confiance et de l’engagement qui  a suivi une formation sur des modules juridiques au nombre de 12 aujourd’hui lui permettant de mettre à la disposition des populations des services d’information juridique, de conseils, d’orientation juridique et administrative et de médiation. Il n’est pas un juriste, il a au moins 25 ans au Mali et travaille sur la base du bénévolat.
 
Les Echos : Quel est l’apport des parajuristes à la distribution de la justice au Mali ?
I. K. : L’apport des parajuristes est l’information, l’orientation et l’accompagnement des populations pour une meilleure utilisation des services la justice formelle tout en évitant la justice privée.
Ainsi Ils aident les populations à mieux connaitre leurs droits, à les comprendre et à les réclamer.
Ils sont aujourd’hui des acteurs incontournables dans la mise en œuvre des mécanismes alternatifs de règlement des conflits au Mali.
 
Les Echos : Ce programme va-t-il continuer ?
I. K. : Oui nous le souhaitons vivement car le Mali en a besoin. Et si aujourd’hui nous sommes dans 332 communes ; notre objectif est de mettre à la disposition des 703 communes 2 parajuristes au minimum.
Aujourd’hui le parajuridisme va au-delà de nos programmes et s’inscrit dans la volonté des autorités de répondre aux besoins de justice et d’information sur les droits des populations.
Le parajuridisme est soutenu au Mali par un cadre national de pilotage du curriculum national de formation de parajuristes composé en plus de Deme-so, de l’AJM, de l’APDF, de la CAFO et de Wildaf/Mali.
C’est le lieu pour nous de saluer cet accompagnement des autorités du Mali notamment le ministère de la Justice et des droits de l’Homme, Garde des Sceaux, le ministère de l’Administration, de la décentralisation et de la Réforme de l’Etat et le ministère de la promotion de la femme, de l’enfant et de la Famille.
Propos recueillis par
Alexis Kalambry

One Response to IBRAHIMA KOREISSI, COORDINATEUR NATIONAL DE DEME SO « Le parajuridisme veut répondre aux besoins de justice des populations »

  1. Je suis touché par cet idéal projet pour la construction et la bonne marche de notre société. J’aurai voulu en savoir plus sur les difficultés rencontrées depuis la création de votre structure à nos jours. Merci bne compréhension

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