KOUNDYA JOSEPH GUINDO, DIRECTEUR NATIONAL DE L’ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE « Les petites fourmis peuvent terrasser un éléphant » (suite et fin)


Un institut de formation des enseignants est en instance de création par l’enseignement catholique à Samaya. Il s’agit d’avoir sous l’égide des sciences de l’éducation, un institut de renforcement de la qualité des maîtres de l’enseignement catholique appelée Unité de formation et de recherche pour perfectionnement des enseignants (UFRPE). Koundya Joseph Guindo, directeur national de l’enseignement catholique au Mali nous en parle dans cet entretien et aussi les perspectives.

Les Echos : Quel est l’objectif visé en créant cet institut appelée Unité de formation et de recherche pour perfectionnement des enseignants (UFRPE) ?

Koundya Joseph Guindo : Les objectifs visés sont de deux orders, améliorer la qualité de l’enseignement.et redonner à l’école catholique sa mission éducative.

Les Echos : Comment y accède-t-on ?

J. G. : Pour les recyclages et le perfectionnement, les diocèses et les congrégations religieuses envoient leurs candidats retenus qui répondent aux critères de sélection. A la sortie, l’embauche est automatique. Cette formation est ouverte également aux volontaires externes remplissant les critères de sélection. Ces derniers, contrairement à leurs homologues envoyés par les diocèses ou par les congrégations, n’auront pas la garantie du travail à la sortie.

Le recrutement se fait sans distinction de sexe. Le candidat doit : etre détenteur du diplôme des IFM, ou du bac ou son équivalent ou un diplôme supérieur, avoir au plus 30 ans, être admis au test de recrutement, accepter les conditions de formation (règlement intérieur du lieu de formation, conditions financières…) accepter de servir dans toutes les écoles de l’enseignement catholique au Mali, fournir un rapport de formation en 4 exemplaires.

S’agissant de la formation au métier d’enseignant sur 3 ans, elle sera ouverte également à tout le monde, mais les modalités d’inscription ne sont pas encore totalement arrêtées.

Les Echos : Vos satisfactions et peut être des regrets pour l’année scolaire écoulée ?

  1. J. G. : Je suis globalement satisfait du déroulement de l’année 2014-2015. Le calendrier scolaire que le ministère de l’Education a donné a été respecté dans nos différentes écoles.

Les enseignants et les élèves ont travaillé normalement même si des retentions de notes ont été faites par les enseignants dans l’archidiocèse de Bamako.

Dans l’ensemble, les partenaires font confiance en l’enseignement catholique si bien que les écoles catholiques sont très sollicitées par les parents d’élèves. Nous recevons beaucoup de témoignages dans ce sens. Cela est très encourageant pour nous.

S’agissant des résultats scolaires aux examens :

Pour le diplôme d’études fondamentales (DEF), le taux de réussite est de 62,42 % avec 1837 admis sur 2943 présentés. Ce taux de réussite dépasse largement celui de l’ensemble du pays qui est de 33,01%. Je dois tout de même dire que ce taux est en deçà de nos attentes.

Au bac le taux de réussite est de 39,30% avec 547 admis sur 1392 présentés. Ce taux de réussite qui est supérieur à celui de l’année dernière (36,86%), dépasse largement celui de l’ensemble du pays qui est de 17,99 %. Malgré tout, là aussi, des efforts sont à fournir pour atteindre au moins un pourcentage de 50 %.

Les regrets sont au niveau des démissions massives des enseignants de l’enseignement catholique en pleine année scolaire pour la fonction publique des collectivités. Ils étaient au nombre de 84. Cette situation a perturbé un peu la bonne marche des cours. Le remplacement des enseignants démissionnaires par des enseignants qualifiés a posé beaucoup de problèmes aux responsables diocésains.

Les perspectives  à la rentrée scolaire 2015, restent le premier volet de l’Unité de formation et de recherche pour le perfectionnement des enseignants (UFRPE) afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et redonner à l’école catholique sa mission educative, rouvrir au moins 3 classes au second cycle de Gao et enforcer les liens entre les différents acteurs et partenaires de l’Enseignement Catholique.

 

 

Les Echos : Votre appel à l’endroit des élèves, parents d’élèves et de l’administration scolaire ?
J. G. : L’article 11 de Loi d’orientation sur l’éducation dit qu’il faut « former un citoyen patriote et bâtisseur d’une société démocratique, un acteur du développement profondément ancré dans sa culture et ouvert à la civilisation universelle, maîtrisant les savoir-faire populaires et apte à intégrer les connaissances et compétences liées aux progrès scientifiques, technique et à la technologie moderne ».

Le Projet éducatif de l’enseignement catholique dit que « le but que poursuit la véritable éducation est de former une personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte ».

Si nous voulons tendre vers ces finalités, il y a lieu que les différents acteurs et partenaires de l’éducation s’impliquent sérieusement et se donnent la main. L’appel que je voudrais lancer à l’endroit des enseignants, des élèves, des parents d’élèves et de l’administration scolaire de l’enseignement catholique est le suivant : les enseignants ont le droit et le devoir de connaître davantage la structure et le fonctionnement de l’Eglise catholique et principalement l’institution enseignement catholique.

Qu’ils s’efforcent toujours de respecter l’éthique et la déontologie de leur profession. En plus des sessions de stage et de formation continue, il est de leur devoir d’avoir une conscience professionnelle aiguë. Aussi doivent-ils s’auto-former et se cultiver davantage pour être en phase avec l’évolution des connaissances scientifiques et techniques et des nouvelles méthodes d’approche et de livraison du savoir.

– Qu’ils cultivent chez les élèves le goût de l’effort, du respect du bien commun et développent chez eux le sens de la responsabilité, par exemple à travers la gestion de la coopérative scolaire, le gouvernement des enfants et le comité de gestion scolaire.

– Enfin, qu’ils montrent davantage de solidarité entre collègues.

Pour ce faire, leur travail consiste à éduquer les jeunes à l’amour et au service gratuit tout en montrant l’exemple, à assurer correctement la formation intellectuelle, morale, physique, religieuse et spirituelle des jeunes et adapter l’enseignement à l’apprenant et à l’environnement. A tout moment et en tout lieu, il faudrait qu’ils se rappellent cela.

Aux apprenants, je dis qu’ils sont les futurs cadres du Mali. Ils doivent choisir des filières de formation pour lesquelles ils sont aptes et portent un intérêt. On ne choisit pas une filière par simple désir. Ils doivent prendre leur formation au sérieux. Dès le premier jour de la rentrée scolaire, ils doivent se mettre au travail. Ils doivent être assidus, ponctuels et respectueux. Pour réussir aux examens, ils ne doivent compter que sur eux-mêmes.

Aux parents d’élèves, je rappelle qu’ils doivent collaborer étroitement avec les enseignants dans l’éducation de leurs enfants. Qu’ils jouent pleinement leur rôle de « premiers et de principaux éducateurs de leurs enfants ».

– Qu’ils fassent « de la famille le premier lieu où l’enfant apprendra la hiérarchie des valeurs, la supériorité de l’éthique sur le technique, le primat de la personne sur les choses, de l’esprit sur la matière, de l’être sur l’avoir, le lieu par excellence où les enfants apprennent à voir dans l’amour-service (amour-service de Dieu et des autres) le chemin du vrai bonheur ».

– Qu’ils n’oublient pas non plus que les enseignants sont leurs partenaires dans l’éducation de leurs enfants.

Aux membres de l’administration scolaire, je rappelle que l’institution scolaire est « un des lieux où se joue le sort de la personne humaine et de la société ». Ils doivent prendre leur travail au sérieux. Ils ont le devoir d’assumer pleinement leur responsabilité avec humilité. Ils doivent être, pour l’ensemble du personnel, les élèves et leurs parents, des conseillers mais aussi des modèles. Ils leur doivent respect, accompagnement et soutien dans la noble mission d’éducation et de formation.

Propos recueillis par Lévy Dougnon

(Radio Jamana Djenné)

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