LE MALI ENTRE ACCALMIES ET TUMULTES : La République vacancière


En attendant le remaniement ministériel, les choses semblent bloquées au Mali. Une situation qui profite à certains ministres pour qui l’heure d’assurer leurs arrières a sonné.

Le Mali aura bientôt un nouveau gouvernement. Celui-ci sera la suite logique de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation. Le nouvel attelage devrait non seulement refléter les tendances politiques mais aussi voir l’entrée au gouvernement des mouvements unionistes et séparatistes du Nord-Mali.

Avant la formation de la prochaine équipe, les activités de la République se résument à de simples mises en scène, comme si tout était suspendu au remaniement ministériel. Cela n’est sans doute pas une surprise dans un pays où l’annonce de changements de ministres réserve toujours son lot de calvaire et d’attitudes peu amènes.

Les premières victimes de cette faible cuisson sont les populations, déjà meurtries par plusieurs décennies d’inertie chronique. Le président de la République et le Premier ministre ne sont pas irréprochables, car ils entretiennent cette stagnation à un moment où rien ne doit bloquer la bonne marche du pays. Le déclic passera inéluctablement par la mise en place d’un nouveau team avec une feuille de route susceptible de remettre le pays rapidement sur les rails.

Les vacances gouvernementales ont suscité un tollé. C’est l’Union pour la République (URD) qui a servi de relais à l’indignation des Maliens auprès des plus hautes autorités. Un bon nombre de nos compatriotes avaient du mal à digérer que l’exécutif s’accorde une pause injustifiée alors que la nation s’enfonçait dans le précipice jour après jour.

Dans un contexte déjà marqué par une lourdeur administrative indescriptible, beaucoup de dossiers attendent sur les bureaux des ministres avant d’être diligentés. Il va sans dire que l’absence d’un ministre, qui centralise presque tout dans son département autour de sa personne cause d’énormes préjudices aux usagers de son ministère.

Il serait difficile d’attendre d’un ministre vacancier qu’il résolve un problème qu’il n’a pas pu gérer en temps normal. Surtout si le problème doit être géré à la fois par plusieurs départements. C’est pourquoi, la division des ministres en deux vagues de vacanciers n’était qu’un faux-fuyant.

Un gouvernement est une équipe et il y a des dossiers qui nécessitent d’être traités par plusieurs ministères en même temps, avec d’abord l’intervention personnelle des ministres concernés. Il est donc évident que beaucoup de citoyens sont contents de l’annonce par le PM de la fin des vacances gouvernementales.

 

Science-fiction

Cependant, ce retour des ministres ne signifie pas forcément résolution des problèmes de l’heure. Depuis la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, l’on assiste à des scènes inutiles de certains chefs de département bien conscients de l’imminence d’un remaniement.

Des activités sont montées de toutes pièces pour convaincre l’opinion et le président de la République que certains ministres font du bon boulot et devront par conséquent être reconduits. Une situation qui n’honore pas les auteurs de ces montages, encore moins les populations victimes de toutes sortes de duperies.

Ces supercheries n’ont rien à voir avec les difficultés des supposés bénéficiaires. Et pour ne rien arranger, des ministres créent des projets fantoches afin d’assurer leurs arrières au cas où ils ne seraient pas reconduits.  C’est ce qui justifie en partie l’annulation de certains projets et la révision de certaines procédures dans certains ministères, où les ministres précédents ont excellé dans la fiction.

Un remaniement s’impose maintenant pour non seulement remettre le gouvernement au travail mais aussi ne pas refroidir les forces politiques et sociales susceptibles de faire partie de la nouvelle équipe. Selon certaines sources, le PM Modibo Kéita souhaiterait travailler avec un team plus large comprenant des représentants de l’opposition.

C’est dans cette optique qu’il serait en négociations avec certaines formations et leaders politiques. Toutefois, le chef du gouvernement devra conclure rapidement ses tractations, car les langues commencent à se délier et vont jusqu’à accuser M. Kéita de tentative de « débauche ». Dans la même logique, les mouvements armés du septentrion doivent être associés à la gestion du pouvoir à la faveur du remaniement.

Plus le temps passe, plus le scepticisme gagne les milieux rebelles quant à la bonne fois des autorités maliennes à leur ouvrir les portes du gouvernement. Il ne faudrait surtout pas offrir l’opportunité aux séparatistes de retourner leur veste, surtout en ces moments de tumulte généralisée. IBK et Modibo Kéita en sont conscients.

A eux d’en tirer tous les enseignements, en procédant d’abord à un remaniement ministériel.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

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