MALI-FRANCE : La soupape trouée


Entre une France impérialiste et protectrice de ses intérêts et un Mali engagé dans la reconquête du Nord et du rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue de son territoire, il y a beaucoup d’incompréhensions et de questionnements.

L’intérêt de la France pour notre pays sur les plans politique, économique et sécuritaire ne fait l’ombre d’aucun doute. La crise politico-sécuritaire de 2012 est venue confirmer cette attention particulière, avec notamment une présence accrue de l’ex-puissance coloniale au Mali. Entre une France impérialiste et protectrice de ses intérêts dans notre pays et un Mali engagé dans la reconquête du Nord et du rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue de son territoire, il y a beaucoup d’incompréhensions et de questionnements. Les changements de régime en France n’ont fait qu’amplifier les ambiguïtés sur le positionnement du pays d’Emmanuel Macron au Mali.
Dans les discours, les autorités maliennes qui croient religieusement en la sincérité de la France, remercient constamment cette dernière pour sa « coopération exemplaire ». Loin des milieux politiques, l’on pense au contraire que Paris a sa propre feuille de route et ses ambitions qui ne riment pas forcément avec les aspirations profondes du peuple malien. En tout état de cause, ces dernières années, les rapports entre Paris et Bamako ont inspiré plus de méfiance que de confiance chez une écrasante majorité de nos compatriotes.
La présence française au Nord-Mali suscite toujours des interrogations. Remerciée par tout un peuple après le déclenchement salvateur de l’opération Serval qui a stoppé l’avancée des djihadistes vers le sud, la France est aujourd’hui vue au Mali comme une puissance aux desseins obscurs. Ses rapports avec les séparatistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) sont au centre de toutes les spéculations. Non seulement la France ferme les yeux sur les bavures du MNLA, mais elle n’exerce aucune pression sur des leaders du mouvement sécessionniste dont les accointances avec les réseaux mafieux sont pourtant avérées.

Retour du bâton?
Comme l’on ne peut pas vouloir une chose et son contraire, il est difficile de croire en la sincérité du gouvernement français de vouloir débarrasser le septentrion des menaces sécuritaires. Et si l’on ajoute la prise en otage continue du processus de paix par les groupes armés sans que la France n’use de son influence sur eux, l’on se rend compte que le président IBK manque de courage politique face à son nouvel « ami » Macron.
Sous d’autres cieux, le chef de l’Etat aurait joué carte sur table en recadrant ses partenaires étrangers dans l’ultime but d’entretenir des relations dignes de confiance.
La force Barkhane, qui a pris le relais de l’opération Serval, est l’un des symboles forts de la présence française au Mali. Lancée le 1er aout 2014, l’opération Barkhane est menée au Sahel par l’armée française et vise à lutter contre les groupes terroristes dans toute la région du Sahel. Les militaires de cette force sont au Nord-Mali.
Malgré quelques prouesses, leur présence et leur positionnement ont le plus souvent indigné les citoyens. Quand on sait que Barkhane doit collaborer étroitement avec la Mission de l’Onu au Mali (Minusma) et les forces armées maliennes, il doit y avoir une ligne directrice applicable et susceptible d’apporter les résultats escomptés. Ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui, malgré que tout se passe sur le territoire malien. Se montrant généralement dociles vis-à-vis des militaires de Barkhane, les populations kidaloises semblent désormais douter de la bonne foi de la force française anti-terroriste.
Plusieurs dizaines de femmes ont manifesté lundi dernier dans la capitale de l’Adrar des Ifoghas. Leur objectif était de réclamer le départ pur et simple de Barkhane de la localité. Une situation qui annonce déjà des moments plus tumultueux dans un environnement où les habitants sont sacrifiés sur l’autel d’ambitions sordides.
Sur le champ politique, Paris continue de tirer les ficelles à Bamako. Le président IBK qui pense apparemment que le Mali doit une belle chandelle à Paris, ne reste indifférent à aucune initiative française concernant notre pays. Beaucoup de projets doivent avoir la bénédiction de Paris pour voir le jour. Comme le locataire du palais de Koulouba, ils sont nombreux ces hommes politiques maliens à courtiser les dirigeants français. Profitant d’un séjour à Paris en septembre dernier, l’ex-Premier ministre Moussa Mara a tenté de renforcer sa stature internationale, à travers des visites bien ciblées.
Le président du parti Yelema a d’abord été reçu par Franck Paris, le conseiller Afrique d’Emmanuel Macron avant de se retrouver dans les bureaux de Remi Maréchaux, directeur du département Afrique au ministère français des Affaires étrangères. Quelques jours plus tard, Soumaïla Cissé, le chef de file de l’opposition malienne, a été reçu par ces mêmes personnalités. Y-a-t-il anguille sous roche? Rien n’est moins certain.
Ogopémo Ouologuem
(correspondant aux USA)

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