ORPAILLAGE A KOKOYO : Le règne de l’alcool, de la drogue et de la prostitution


Au moment où l’hivernage bat son plein, des personnes affluent dans les zones d’orpaillage à la quête du métal précieux. Alcool, drogue, prostitution sont des pratiques très répandues sur le site d’orpaillage à Kokoyo dans le cercle de Kangaba.

Située à environ 140 km de Bamako, la première difficulté est le trajet pour se rendre sur le site. En hivernage pour atteindre Kokoyo, il faut débourser 5000 F CFA pour le transport. Ajouter à cela, les tracasseries des « PDG » Police, douane, gendarmerie), il faut de l’argent, de la patience pour arriver à Kokoyo. Un véritable parcours du combattant.

Lieu de travail pour certains, de commerce pour d’autres, mais surtout de prostitutions pour des femmes et des jeunes filles qui peuplent ce monde.

Le commerce est florissant à Kokoyo. De grandes boutiques sont présentes avec des articles de toutes sortes. On y trouve des appareils de détection de métaux et leurs accessoires ainsi que des pièces de motos.

Pendant les vacances scolaires, élèves, étudiants, et même enseignants arrivent tous les jours pour tenter leur chance. Les femmes et les jeunes filles, commerçantes ambulantes font la navette entre Bamako et le site. Elles prospèrent dans la vente de nourritures pour les orpailleurs.
C. gargotière raconte : « grâce à ce commerce, je me suis construit une maison à Bamako et j’assure les dépenses scolaires de mes cinq enfants».

Des jeunes filles, également, pendant les vacances scolaires y arrivent avec leurs marchandises afin de préparer la rentrée prochaine. Telle est le cas pour Fatim Kéita, étudiante, qui vend des bananes, et des poissons fumés que sa maman lui envoie. Pour elle mieux vaut aller vendre à Kokoyo que de rester les bras croisés à Bamako.

Par contre d’autres sont à Kokoyo pour entretenir des relations de concubinage. « Et se sont des femmes mariées qui abandonnent leur foyer pour s’adonner au plus vieux métier du monde », rapportent les orpailleurs.

Kokoyo, c’est aussi le lieu où alcool, drogues et stupéfiants sont vendus sans craintes. La plupart des jeunes descendent dans les placers sous l’effet de stupéfiants. On raconte que cela donne du courage avant de pénétrer les entrailles de la terre. Avec de nombreux bars, l’alcool coule à profusion à Kokoyo. Et la prostitution bat son plein avec le risque des maladies sexuellement transmissibles au su et aux plaisirs de la population d’orpailleurs.

 

Hivernage et ses risques

En cette période hivernale, traverser les villages de Balazan, Téguè, Kéniéguè, Banankoro, Danka, Dioulafodo pour arriver à Kokoyo est réservée à quelques chauffeurs maitrisant la route. Malgré cela, c’est la ruée vers Kokoyo où femmes et hommes se bousculent à la recherche de la pépite.

A la différence de l’hivernage, l’or est plus attractif en saison sèche selon les orpailleurs. A Kokoyo, l’orpaillage traditionnel est pratiqué par des jeunes venus de tous les horizons du pays mais aussi des pays frontaliers comme le Burkina-Faso et la Guinée. Pour creuser un puits aurifère, l’ordre doit être pris auprès des responsables villageois (Tomboloma) moyennant une somme imposée par le conseil du village. Plusieurs personnes s’approprient du puits avec un parrain au départ. Au cas où l’or serait découvert, pour que d’autres puissent creuser les alentours, une taxe de 10 000 F CFA est versée au « tomboloma » pour l’alimentation de la caisse villageoise explique un orpailleur. Et d’ajouter qu’une autre somme est versée au cas où le minerai serait extrait.

Il y a la situation des effondrements des puits aurifères avec des morts et blessés graves en période hivernale. Selon M. K. orpailleur « les gens ne craignent plus les effondrements, et si cela se produisait le travail est interrompu pour la recherche de possibles survivants et les morts. Au lendemain, le travail commence ». Les lundis et les vendredis constituent les jours fériés, reversés aux « Djinns » selon les règles de recherche d’or dans les milieux traditionnels.

A Kokoyo on croit à ses traditions sans les respecter. Travailler les lundis et les vendredis porterait malheur. Cependant, à quoi bon éviter un malheur si, au bout du chaine, on a en face un autre pire : la mort.

Abou Kamara

 

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