UN SEMINAIRE DES MEDIAS ET DE LA SOCIETE CIVILE FACE AUX … DEFIS DE LA MONDIALISATION : Médias et société civile s’impliquent


« Rôle de la société civile dans un environnement de communication mondialisé ». C’est le thème choisi pour le séminaire organisé pour la onzième année consécutive par le groupe Communication placé sous la supervision de M. Gonçalo Lobo Xavier, Vice-président chargé de la communication du Comité économique et social européen, le CESE -une institution ayant son siège à Bruxelles.

Après l’édition de 2016 tenue à Vienne en Autriche sur le thème de la migration, les organisateurs ont choisi cette année la ville de Madrid, au cœur de la péninsule ibérique, pour abriter leurs travaux. Ainsi, pendant deux jours, du 23 au 24 novembre 2017, une centaine de personnes venues des différents coins de l’Europe et composés notamment de membres du CESE, de journalistes, représentants de la société civile et autres spécialistes des techniques de communications modernes, ont planché sur divers aspects portant globalement sur la société actuelle de l’information. Ce, à un moment où on assiste de plus en plus à une prolifération de réseaux sociaux dont certains se révèlent être de grands pourvoyeurs de «fake news» : un concept d’origine anglo-saxonne que l’on traduit généralement par fausses nouvelles ou informations mensongères.
Souhaitant la bienvenue aux participants réunis dans la salle de conférences du Conseil économique et social espagnol -un des partenaires actifs de l’évènement-, le Vice-président du CESE en charge de la Communication a d’entrée de jeu mis le curseur sur les deux thèmes centraux qui allaient dominer les débats. Il s’agit, d’une part, du populisme : un phénomène au départ confiné dans le champ politique, et qui s’est amplifié par la suite jusqu’à incruster le paysage médiatique, se nourrissant principalement des médias sociaux ; d’autre part, les fake news : vecteurs de propagande et de désinformation, elles représentent une réelle menace pour le journalisme professionnel. Nous vivons dans un monde mondialisé, et avec la montée en puissance des réseaux sociaux, tout le monde peut devenir « journaliste » et si l’on n’y prend garde, ce sera bientôt la fin du journalisme de qualité, a soutenu Gonçalo Lobo Xavier qui plaide pour un « journalisme indépendant, libre et qui puisse contribuer à une bonne formation de l’opinion publique ». Et d’insister sur l’urgence de corriger le tir si l’on veut préserver le statut professionnel des journalistes et partant, redonner à la fonction journalistique toutes ses lettres de noblesse.
Le décor ainsi planté, il ne restait plus qu’à inviter les intervenants à s’installer tranquillement. Et lancer les débats, sur la base du programme concocté par les organisateurs.

Haro Sur Le Populisme Et Les Fake News
Le premier groupe de discussion s’est penché sur le thème « Comment la société civile doit-elle relever le défi du populisme ». Gabriele Bischoff, membre du CESE et vice-présidente du groupe des employeurs a modéré ce premier panel animé par des experts de renom, dont Alberto Garrido journaliste et professeur d’Université, et Claudia Chwalisz consultante. Les débats -qui n’ont du reste pas laissé le public indifférent- ont permis de mettre en lumière le rôle que peuvent jouer les médias et la société civile pour contrer le phénomène du populisme avec tout ce que ce concept renferme de démagogique et de dangereux.
Il a beaucoup été question du lien entre populisme et diffusion de fausses nouvelles. Une problématique sur laquelle se sont focalisés les orateurs de la Table-ronde n° 2 portant sur « Les fausses informations -une nouvelle arme contre les médias ». Et là encore, ce sont les médias sociaux et plus singulièrement l’utilisation d’internet pour diffuser de fausses nouvelles qui ont été visés par la grande majorité des intervenants. Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour contrer l’évolution des fake news ? Comment faire pour préserver le statut originel, la fonction et l’éthique journalistiques ? Le journalisme de qualité a-t-il encore une chance de survivre ? Quid des « bulles de filtrage » et de la « communication en bulle » et quelles sont les possibilités offertes à la société civile pour utiliser ces bulles de manière appropriée ? Ce sont là quelques-uns des questions-clé qui ont rythmé les discussions lors de cette table-ronde au cours de laquelle le public a pu suivre une présentation accompagnée de projections d’images et autres graphiques tentant de démontrer comment les fausses nouvelles se sont « invités » dans le travail de coordination des opérations maritimes effectué par FRONTEX – l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes basée à Varsovie. Isabella Cooper, qui en est la porte-parole, a expliqué de quelle manière des photos et images vidéos produites par Frontex ont été détournées par des… faussaires d’un nouveau type, mus par des intérêts inavoués. Interpellée indirectement sur la crise migratoire, Cooper s’est montrée plutôt discrète sur la question et par ailleurs n’a pas fait le moindre commentaire sur l’onde de choc provoquée par les images absolument insoutenables de vente d’esclaves africains en Libye. Certes, ce n’était ni le cadre ni l’objet de son exposé. Mais c’est sans doute aussi parce que les images vidéo tournées par une journaliste de CNN rendent compte d’une situation dramatique, terrifiante, mais réelle. Et par conséquent elles ne sauraient être assimilées à des…fake news.
La première journée s’est achevée sur une note de détente, à la faveur d’une visite guidée (Madrid des Autrichiens/des Habsbourgs) sous la conduite d’une Chica Española à l’accent british et… au discours bien rodé. Occasion d’une joyeuse balade dans les artères de la cité madrilène avec ses ruelles étroites et arpentées dévoilant d’un côté et de l’autre des bâtiments à l’architecture moderne ou de type néo-classique. Et puis au bout de la marche : un marché déjà paré aux couleurs de Noël, une Plaza plus ou moins grouillante et au milieu de laquelle se dresse la statue imposante du grand poète et dramaturge espagnol, Federico Garcia Lorca… Tout un symbole.

Un « Permis De Conduire » Pour Les Medias Sociaux ?
Le deuxième jour du séminaire aura été sans doute un peu plus court, mais tout aussi dense en ce qu’il a permis d’élargir la discussion sur des thématiques nouvelles et assez inédites. Ainsi de la table-ronde « Code de culture, un permis de conduire pour les médias sociaux » dont le modérateur n’était autre que Luca Jahier, actuel président du groupe des activités diverses au CESE et qui sera vraisemblablement porté à la tête de cette institution à partir du mois d’Avril 2018, succédant ainsi à l’actuel locataire du 99 rue Belliard, le Grec Georges Dassis. Autour de Jahier, lui-même ancien journaliste de La Stampa, des spécialistes du Web tels que : Thibault Lesénécal, chef de l’unité communication du web au Parlement européen et John Worth, bloggeur britannique, réputé « redoutable » et dit-on… assez influent au niveau européen.
Cette troisième et dernière table-ronde a abordé tout un ensemble de sujets qui préoccupent le monde des médias et de la communication. En ouvrant la discussion sur une formule-choc (« l’extrémisme politique va dominer Twitter… ») Jahier a pour ainsi dire donné du grain à moudre aux membres du panel. Les interventions ont porté pour une large part sur les discours de haine, voire de racisme et de xénophobie véhiculés à travers Facebook et autres Twitter. Il a également été question de la pratique du journalisme web et de la pression qui s’exerce sur les journalistes parfois sous pression et obligés de relayer au plus vite les infos sans prendre le temps nécessaire pour vérifier les sources ou procéder aux recoupements d’usage. Les échanges avec la salle (notamment avec Jane Morrice, membre du CESE et ancienne journaliste de la BBC) ont été parfois assez vifs avec çà et là quelques points de divergences… Qu’à cela ne tienne, cela a contribué à donner du tonus aux débats. Au cours des discussions, certains intervenants ont mis l’accent sur le rôle positif que peut jouer la culture comme moyen par excellence pour lutter contre les dérives sur la Toile, et comment faire en sorte que les plateformes internet contribuent davantage en faveur des échanges culturels et pour l’éducation des populations.
En guise de synthèse pour ce panel animé avec passion, Jahier n’a pas trouvé meilleure formule que celle-ci : « si des algorithmes ont contribué à attiser la haine, pourquoi ne pas inventer un algorithme propre à diffuser des nouvelles voire des messages parfaitement crédibles !». Belle chute, pourrait-on dire !
Tirant les conclusions lors de la séance de clôture des sessions, Gonçalo Lobo Xavier n’a pas caché sa satisfaction, estimant sans doute avoir réussi son pari ensemble avec son équipe de communication. Il s’est réjoui de la bonne tenue des débats et des réflexions fructueuses qui se sont dégagées des discussions dans les différents panels tout au long des deux journées. Pour le Chef de la COM du CESE, il faut « continuer la bataille » et considérer que rien n’est définitivement acquis.
Il reste maintenant à espérer que ce rendez-vous annuel du Comité économique et social -« bras civil » de l’Union européenne- ne soit pas une simple routine mais qu’il apparaisse désormais, pour le Comité d’abord et ensuite vis-à-vis des autres institutions de l’UE, notamment la Commission et le Parlement, comme une véritable force de frappe et un laboratoire d’idées inspirantes qui puissent contribuer à faire avancer la machine européenne.

Mass Mboup
(Correspondance)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *