VISITES PRESIDENTIELLES A L’ETRANGER : Un miroir aux alouettes!


Le Mali fait les frais de l’absence chronique du chef de l’Etat alors que les retombées des déplacements présidentiels à l’extérieur sont sujettes à caution.

Rarement, le président de la République passe une semaine complète à Bamako. Ibrahim Boubacar Keita est très fréquemment entre deux avions. De simples conférences à des visites d’Etat en passant par des sommets, le locataire de Koulouba ne rate aucune occasion d’aller à l’étranger. Couplés avec ses « séjours privés » à l’extérieur, les déplacements officiels d’IBK le placent parmi les dirigeants mondiaux qui voyagent le plus. Pourquoi tant de mouvements pour un chef d’Etat qui n’est pas au mieux de sa forme et qui gouverne l’un des pays les plus malades au monde? Les proches du boss justifient ses multiples voyages à l’étranger par sa volonté de signer de la façon la plus solennelle le retour du Mali dans le concert des nations après la crise politico-sécuritaire de 2012. Mais, pour le citoyen lambda, il est difficile d’expliquer l’inclinaison du chef de l’Etat à être présent à des rencontres internationales ordinaires où de simples ministres peuvent valablement représenter le Mali. Quoi qu’il en soit, le pays fait les frais de l’absence chronique de son chef alors que les retombées des déplacements présidentiels à l’extérieur sont sujettes à caution.Le Mali est l’un de ces pays où tout est lié à la volonté du président de la République. Tout est bloqué quand il est absent. La tenue de façon irrégulière du conseil des ministres hebdomadaire est un cas palpable. Le conseil des ministres ne se réunit pas certaines semaines à cause des déplacements à l’étranger du chef de l’Etat. Et s’il se tient en l’absence d’IBK, c’est pour seulement prendre des décisions de moindre ampleur. En témoignent les communiqués des conseils de ministre sans IBK.

Au-delà de l’attelage gouvernemental, c’est la nation elle-même qui est parfois suspendue au retour d’IBK de ses voyages à l’étranger. Le 20 novembre 2015, lors de l’attentat du Radisson Blu de Bamako, le président de la République participait au sommet du G-5 à Ndjamena au Tchad.

Déboires

Sentant visiblement que la situation se débloquerait difficilement en son absence, IBK est rentré d’urgence à Bamako. Et la capitale retrouva la quiétude quelques heures après l’arrivée du chef de l’Etat. Plus récemment, pendant que le pays subissait les conséquences néfastes de la grève des magistrats puis de celle des agents socio-sanitaires, le natif de Koutiala n’a pas modifié son programme de voyage initial. Pourtant, il a fallu qu’il soit physiquement présent à Bamako pour que ses compatriotes voient le bout du tunnel.

Après tous ses exemples, le bas peuple sent le président de la République éloigné de lui. En fait, IBK est coupé de la réalité des Maliens parce qu’étant le plus souvent à l’extérieur du pays. Il se fierait globalement aux dires de son entourage. Or, au Mali, elles sont rares les personnalités qui disent la vérité au grand chef, de peur de perdre leurs postes. Les Maliens se souviennent encore des conséquences de la gestion clanique du pouvoir et de l’unanimisme politique sous feu le régime ATT. Quand nos compatriotes étaient presqu’unanimes que la situation du pays était peu enviable, le commando parachutiste et ses acolytes ressortaient toujours avec des motifs de satisfaction. Ce qui a eu pour conséquence la descente aux enfers du Mali, avec un président plus que jamais déboussolé. ATT et son régime ont fait les frais de laudateurs attitrés qui voulaient seulement préserver leurs intérêts égoïstes en plaisant au successeur d’Alpha Oumar Konaré. Aujourd’hui, peu à peu la même race de louangeurs font leur chemin dans le cercle présidentiel, bien conscients qu’à cause notamment de ses déplacements courants à l’étranger, le président n’est pas au parfum de tout ce que ses concitoyens endurent comme souffrances.

Tout bien considéré, les effets des visites à l’étranger d’IBK sont peu visibles, la faute à une politique extérieure insipide. Le comble avait même été atteint en janvier 2016 avec la suspension des droits de vote du Mali à l’Onu pour arriérés de paiement. Bamako n’avait pas payé ses cotisations d’Etat membre de l’institution internationale pendant au moins deux ans. Une humiliation qui avait en son temps porté un sérieux coup aux messages d’IBK à l’étranger. Ses interlocuteurs se disaient qu’il fallait prendre avec des pincettes les propos d’un dirigeant dont le pays ne parvenait même pas à respecter ses engagements internationaux. Il n’est donc pas surprenant que le Mali soit victime de l’hypocrisie de certains de ses « amis », surtout dans les tentatives de résolution de la lancinante crise du septentrion. A l’intérieur du pays, c’est la désillusion totale. Les effets de la visite d’Etat d’IBK en France et de son déplacement « fructueux » en Chine ne sont toujours pas perceptibles. Or, à l’issue de ces deux voyages présidentiels, l’on avait promis un « paradis terrestre » aux Maliens.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

 

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